Le pavillon des oiseaux

couverture du livre Le pavillon des oiseaux

Bienvenue à Rome, capitale des rivalités intestines et des ragots mondains.

En cette seconde moitié de XVIe siècle, la jeune Clelia, fille illégitime du cardinal Alexandre Farnèse, fait son entrée dans la société en épousant, à 14 ans, Giovan Giorgio Cesarini, à la fois gonfalonier du pape et héritier en vue de la jeunesse dorée romaine. Avec Fernando de Médicis, meilleur ami de Cesarini, les trois jeunes gens vont bientôt former une trio très en vue, s’exposant aux plus viles rumeurs colportées à travers les avvisi, sorte de Closer de la Renaissance. Clelia est une jeune fille espiègle qui aime sortir, s’amuser et séduire, mais elle est soumise au regard permanent des menanti qui épient ses moindres faits et gestes. Malgré le contrôle rapproché de sa gouvernante et de son père, le Grand Cardinal, grand ennemi des Médicis, Clelia se laisse séduire par Fernando de Médicis. Son studiolo des jardins de la villa Médicis, le Pavillon des oiseaux aux fresques peintes par Zucchi, abritera la fougueuse relation adultère – mais n’empêchera pas les ragots de continuer.

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Vous ne connaissez rien de moi

couverture du livre Vous ne connaissez rien de moi

Embochée… C’est ce qu’ils pensent tous d’elle, ce 16 août 1944, lorsqu’ils viennent l’arrêter chez elle. L’embochée aura la tête rasée, comme toutes celles qui ont couché avec l’ennemi. On appelle ça la « collaboration horizontale ».

Parmi toutes celles qui ont subi cette humiliation publicue, elle est celle dont on se souviendra – immortalisée par la photo de Robert Capa dans les rues de Chartres, tandis qu’elle est traînée avec son bébé dans les bras.

photo Robert Capa

Julie Héraclès a imaginé l’histoire de Simone, il n’est pas question ici de comparer le roman à la réalité. Simone Touseau, la vraie, laisse place à Simone Grivise, personnage de roman.

Cette Simone-là est une fille qui a choisi le mauvais camp, celui de l’ennemi.

Issue d’un milieu modeste, c’est une lycéenne brillante qui s’illustre dans toutes les matières, et particulièrement en allemand – lorsque la guerre éclate, Simone est fascinée par la grandeur de l’Allemagne et aveuglée par l’idéal du national-socialisme. Elle comprend à peine la fuite de son amie Colette et de sa famille, juive. Simone a foi en Pétain, en l’Armistice, et en cette France qui va bénéficier, c’est certain, de la grandeur allemande. Son bac en poche, elle propose ses services de traductrice à la Feldkommandantur de Chartres, où elle va se rapprocher d’un jeune lieutenant bibliothécaire, Otto Weiss. 

Simone, comme toutes les jeunes filles de son âge, rêve d’amour – et après une amère déception, la cour discrète du jeune lieutenant lui redonne foi en la vie. 

Les activités de Simone auprès de l’ennemi sont déjà très mal vues de son voisinage, et sa relation avec le lieutenant Weiss risque de la compromettre davantage. Mais Simone en est sûre, la gloire de l’Allemagne donnera raison à son histoire…

C’est un point de vue inhabituel que nous propose Julie Héraclès en choisissant de raconter cette histoire. Car elle choisit de nous faire éprouver de l’empathie pour une jeune et naïve sympathisante française du régime allemand, sujet délicat et dérangeant, surtout lorsqu’en se renseignant davantage on découvre que la vraie Simone était une partisane du nazisme.

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Veiller sur elle

couverture du livre Veiller sur elle

Démarrer la lecture d’un roman, c’est un peu comme contempler le bloc de marbre du sculpteur: on ne sait pas quelles promesses il contient ou saura tenir – pour peu qu’une fissure se cache dans la pierre, le succès sera compromis.

Point de fissure dans le bloc sculpté par Jean-Baptiste Andrea, c’est plutôt une pépite que l’on trouve au coeur de son marbre littéraire.

Dans un monastère du Piémont, un homme est sur le point de mourir. Depuis plus de quarante ans qu’il s’y est soustrait au monde, il n’a pas prononcé ses voeux, et détient le mystérieux secret de la Pietà qu’il a sculptée, une statue à l’étrange pouvoir.

De son arrivée en Italie, encore enfant pendant la guerre, à la consécration de son talent de sculpteur jusqu’à sa chute, nous allons suivre l’histoire de Michelangelo Vitaliani. 

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Peindre à Palerme

couverture du livre Peindre à Palerme

Le premier soir de notre arrivée à Palerme, je l’ai croisée vicolo San Giuseppe: sur ce rideau de fer, avec son voile bleu dans la nuit, je l’ai tout de suite reconnue.

Le lendemain matin, c’est via porta Carini, sur un autre rideau, qu’elle attendait, auréolée d’une lumière dorée.

Tant de rencontres inopinées avec l’Annunciazione d’Antonello da Messina, qui est à Palerme ce que la Joconde est à Paris, et qui est surtout celle que le personnage du roman que j’étais en train de lire est venu chercher à Palerme…

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Sur la terre des vivants

livre Sur la terre des vivants

Connaissez-vous les Stolpersteine, ces pavés de métal gravés d’un prénom, d’un nom, d’une date de naissance et d’une date et d’un lieu de mort, parsemés sur les trottoirs de certaines villes allemandes? Enserrés dans les pavés de pierre, devant la dernière adresse de ces victimes du nazisme, ils rendent immortelles, et concrètes, ces existences que la folie nazie a voulu effacer.

Ce sont ces « pierres d’achoppement » qui ont conduit Déborah Lévy-Bertherat à Hambourg, sur les traces de sa famille. De ses arrière-grands-parents, il ne reste rien. Leur quartier, comme de nombreux quartiers de Hambourg, a disparu sous les bombardements anglais pendant la guerre.

L’Altenhaus, l’asile pour les vieillards juifs du quartier d’Altona, a été rasé, remplacé par un immeuble de briques. Seul le vieux cimetière juif, miraculeusement, a survécu aux bombes.

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Hors d’atteinte

couverture du livre Hors d'atteinte de Frédéric Couderc

Parmi tous les nazis désignés comme criminels de guerre au procès de Nuremberg en 1946, un commandant SS n’a jamais été condamné. L’homme, pourtant, est un bourreau aussi pervers et inhumain que Mengele. Médecin, comme ce dernier, il a pratiqué la stérilisation de femmes et la castration d’hommes dans le Block 10 à Auschwitz.

Auparavant, ce médecin a « oeuvré »  au programme Aktion T4, au château de Sonnenstein, qui a euthanasié des milliers de handicapés physiques, mentaux. 

Pendant 16 ans, Schumann a réussi à fuir, s’installant de longues années au Ghana, et il est mort tranquillement en 1983 à Hambourg…

Dans ce roman-enquête extrêmement documenté, Frédéric Couderc va imaginer la traque de cet homme.

Paul Breitner est écrivain – il vit à Hambourg, avec pour seules attaches familiales son grand-père Viktor, un nonagénaire qui a vécu toute sa vie dans ce port de la Hanse. Enrôlé dans l’armée allemande, Viktor était loin de Hambourg lorsque sa famille a sombré dans le bombardement de la ville – l’opération Gomorrhe avait alors tué 45000 personnes.

A la suite d’un évènement, Paul découvre que le voisin de son grand-père était Horst Schumann, un criminel de guerre nazi qui a échappé à toute condamnation malgré les crimes qui lui sont attribués.

Les deux hommes pouvaient-ils avoir un lien? Paul veut comprendre.

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Là où nous dansions

couverture du livre "Là où nous dansions"

Ce roman est une déclaration d’amour vibrante au « berceau du monde moderne qui a inventé la voiture et aimanté les travailleurs et les cultures du monde entier ». Detroit, Michigan. Territoire de pionniers français qui ont fait prospérer son sol noir. Territoire des industriels qui y ont fait fructifier l’économie américaine. Territoire de la musique qui y a fait éclater les plus grandes voix noires américaines.

Juillet 2013, Detroit vient d’être déclarée en faillite. Surendettée, la ville se désagrège depuis des années. Ira, policier d’élite de la ville, observe le coeur serré le Brewster Douglass Project, le quartier de son enfance que l’on détruit.

C’est dans le Brewster qu’on a retrouvé le corps d’un jeune homme, que Sarah, flic en charge d’une unité d’identification des corps que personne ne réclame, va désespérément tenter d’identifier.

Qui a assassiné le jeune homme? 

Ici, le crime a créé un abîme entre les hommes. « Un trou où l’humanité s’est dissoute, où l’on ne tue pas sur ordre, pour sauver ou gagner sa vie, mais pour rien, par désoeuvrement. La vie n’a plus de valeur. »

Sarah est blanche et a grandi dans la banlieue de Detroit, là où se sont installées les familles blanches qui, des décennies plus tôt, ont déserté la ville.

Ira est noir, et Detroit a façonné sa destinée et celle de sa famille. 

Quel gosse devient-on quand on grandit au Brewster Project? Certainement pas un flic – et pourtant Ira est devenu ce flic qui confronte ses anciens copains du Brewster à leurs crimes.

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Le bureau d’éclaircissement des destins

couverture du livre Le bureau d'éclaircissement des destins

A Bad Arolsen, en Allemagne, l’International Tracing Service fête cette année ses 75 ans. Créé en 1948, c’est le plus grand centre d’archives et de documentation sur les millions de victimes du nazisme.

Nous sommes ici pour servir les millions de victimes de cette guerre. Nous les servons quels que soient leur histoire, leur pays d’origine, leurs opinion politique ou leur religion. Nous servons les morts et les vivants, c’est notre devoir et notre honneur 

C’est là, dans ce lieu singulier logé au coeur de la Hesse, et marqué par l’histoire SS, que Gaëlle Nohant situe son nouveau roman.

Irène est archiviste enquêtrice à l’ITS – française expatriée en Allemagne dans les années 1990, elle est arrivée par hasard au sein des archives et a développé une passion pour ce métier d’investigation appris auprès d’Eva Volmann, une femme particulièrement marquée par la guerre.

Parmi les archives, constituées de tous les documents qu’il a été possible de réunir après la guerre, depuis les dossiers des camps de concentration et d’extermination que les nazis n’ont pas eu le temps de détruire, aux documents personnels qui lui ont été transmis, l’ITS a réuni un fonds d’objets retrouvés dans les camps.

 

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Le dernier des siens

photo du livre Le dernier des siens

Voici mon dernier coup de coeur de l’année 2022, et quel coup de coeur!

Auguste, un jeune naturaliste français, est en mission pour le musée d’histoire naturelle de Lille.

Nous sommes en 1835, au large de l’Islande, et il assiste au massacre d’une colonie de grands pingouins par des pêcheurs. Il en sauve un, qu’il compte envoyer à Lille pour enrichir la collection du musée.

Mais de retour chez lui, aux Orcades, après des jours passés à observer le pingouin, un attachement inattendu se dessine entre l’homme et le pingouin. Un cri comme une manifestation de joie, un dandinement du pingouin qui se dirige vers lui, un frottement de bec contre la jambe de son pantalon: soudain Gus réalise toute sa responsabilité à l’égard du volatile. 

Il se réveilla. Quelque chose de dur venait de gratter son cuir chevelu, quelque chose qui ressemblait à une pierre plate, un peu froide, ou quelque chose de pointu qui lui tirait les cheveux, mèche par mèche, sans lui faire mal, juste assez pour qu’il s’en rende compte. Sa tête reposait sur son bras au-dessus du panier. Il ne sentait pas Prosp sous lui. Il craignit de l’avoir écrasé. Il tourna la tête et vit un long cou qui s’agitait, sans tête, contre sa tempe. Et il comprit que Prosp, avec délicatesse, lui lissait les cheveux comme lui-même lui avait lissé ses plumes quand il muait, l’épouillait peut-être comme on ôte les parasites d’un pingouin ami.

Convoité par d’autres hommes, trop attaché à lui pour le livrer au musée, Gus fuit avec celui qu’il va prénommer Prosp. 

Aux îles Féroé, où il va se réfugier avec Prosp, Gus se retrouve confronté à un cas de conscience: doit-il rendre Prosp aux siens, pour qu’il puisse vivre sa vie de pingouin, et trouver une compagne?

Mais les congénères de Prosp, chassés pour leurs plumes qui feront des édredons douillets et pour leur chair grasse qui coule sur le menton des marins, sont devenus rares.

Gus  va être confronté à une triste réalité: Prosp est le dernier de son espèce. Le dernier des siens: « un spécimen unique, un fossile bientôt incrusté dans un rocher au bord de la mer ». 

Il va mesurer la fragilité du vivant, alors que le monde scientifique commence à peine à questionner la disparition des espèces. 

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L’île haute

couverture du livre L'île haute de Valentine Goby

Un roman de Valentine Goby, c’est la promesse d’une lecture marquante, que ce soit par la richesse de langue, travaillée au cordeau, que par la puissance romanesque insufflée à ses histoires.

« L’île haute » ne fait pas exception à tout cela.

On y découvre Vadim Pavlovich, un jour de janvier 1943, au bout d’un long voyage en train vers Savoie. Là, ce petit parisien asthmatique va réapprendre à respirer dans l’air vivifiant de la montagne qui le fascine, tout en devenant Vincent Dorselles.

Il n’écoute pas, il a de la montagne plein les yeux, les tympans, les poumons, les synapses, il est envahi de montagne, elle est trop immense, trop étrange, trop nouvelle pour qu’il s’en détache. Ce sera facile d’être un autre ici

Recueilli par les Ancey dans leur ferme de montagne, le jeune garçon se glisse dans une nouvelle vie pleine de surprises.

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