La fileuse de verre

couverture du livre La fileuse de verre

Rosetta, canella, ulivetta, paternostro, conterie: Tracy Chevalier nous ouvre les portes du merveilleux univers des perles de verre. 

Avec elle, nous avions appris l’art du quilt, la précision de la broderie, la discipline de la tapisserie, l’exigence de la peinture, la science des fossiles et j’en passe – cette fois-ci, elle a choisi de nous immerger dans l’artisanat des maîtres verriers de l’île de Murano.

C’est sur l’île de la lagune vénitienne que sont regroupés les verriers, chassés de Venise en 1201 de peur que leurs fours y mettent feu. En cette fin de XVe siècle, la production du verre est régie par des règles strictes et claniques, et s’exporte vers le monde entier – tel qu’on le connaît à cette époque, bénéficiant de l’hégémonie commerciale du port franc de Venise. 

Les Rosso sont verriers de père en fils. Mais c’est un long apprentissage qu’il faut faire avant de devenir « maestro » et à la mort accidentelle de son père, Marco Rosso est encore un jeune chien fougueux qui pourrait faire sombrer l’atelier familial. Sa soeur, Orsola, a été initiée en secret à la fabrication des perles, à la lampe – comme toute fille, Orsola consacre ses journées aux activités domestiques de la maison, et ne sait ni lire ni écrire. Ses perles vont lui offrir un peu d’indépendance et lui donner la possibilité de sauver les Rosso de la ruine. Elles vont aussi lui ouvrir les portes de Venise, d’où ses perles partiront vers la « terraferma », traverseront les frontières et les mers. Bientôt, un fléau va s’abattre sur la cité lacustre: la peste va faire de terribles ravages, et les Rosso ne seront pas épargnés. 

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L’inconnue au portrait

livre "L'inconnue au portrait" de Camille de Peretti

Certaines oeuvres d’art resteront mystérieuses à jamais- leurs créateurs, disparus, ont emporté leurs secrets avec eux, biens scellés au fond de leur tombeau. 

Prenez par exemple « Les époux Arnolfini », de Van Eyck. Ou « La jeune fille à la perle », de Vermeer. Depuis des siècles, les spéculations des uns et des autres n’ont pas permis de dévoiler l’identité des modèles – mais elles auront donné lieu à des livres formidables*!

Car là où il y a du mystère, il y a une infinité d’histoires à inventer !

Rendons donc grâce à Camille de Peretti, qui a jeté son dévolu sur un tableau du maître de la Sécession viennoise, Gustav Klimt: « Portrait d’une dame ». Portrait doublement mystérieux, car non seulement son jeune modèle est resté inconnu, mais il s’agit également d’un repeint: un an après avoir été achetée par un inconnu, l’œuvre originale a été remaniée par Klimt, de façon totalement inexpliquée. Et pour finir, le tableau volé dans un musée italien en 1997 y est mystérieusement réapparu en 2019.

Dans une histoire remarquablement ficelée, à travers la destinée des descendants de Martha, le modèle du tableau, Camille de Peretti va nous raconter l’histoire de cette « Inconnue du portrait » – une grande fresque historique qui va couvrir plus d’un siècle, nous emmener de Vienne à l’Italie en passant par New York et le Texas. 

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La Louisiane

couverture du livre La Louisiane de Julia Malye

Décidément, il s’en est passé des choses, à la Salpêtrière! 

Avec Victoria Mas, on découvrait il y a quelques années l’existence de ce « bal des folles », où des « résidentes » du célèbre hôpital étaient exhibées et moquées devant le Tout-Paris au XIXe siècle.

Julia Malye, elle, nous fait découvrir tout un pan d’histoire non moins reluisante: la déportation de femmes vers la Louisiane, au XVIIIe siècle, où elles épouseront des colons français.

Elles sont déjà nombreuses à avoir été choisies par la Supérieure, pour un premier voyage l’année précédente à bord de La Mutine. 

Pour ce voyage de 1720 à bord de La Baleine, Marguerite Pancatelin a fait son choix parmi les pensionnaires de l’orphelinat, de la Maison de Correction, ou de la prison de la Grande Force: quatre-vingt dix femmes, des futures mères, souvent très jeunes, embarqueront à Lorient pour rejoindre cette terre de l’autre côté de l’Atlantique. Quel destin les y attend?

Parmi elle, trois jeunes filles: Charlotte l’orpheline recueillie bébé et qui n’a connu que l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière, Geneviève qui a été incarcérée pour avoir aidé des femmes à avorter, et Pétronille, une jeune noble enfermée par sa famille. 

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Julia et la colère des dieux

photo du livre Julia et la colère des dieux

Je rêvais d’une suite, Santiago Posteguillo l’a écrite! 

Et quelle suite: c’est Dallas sous la Rome antique!

Julia Domna (160-217 ap. JC) est l’épouse de Septime Sévère, proclamé empereur romain après maints déchirements et maintes batailles. Gouverneur, grand chef d’armée, Septime n’en serait jamais arrivé là sans son ambitieuse femme, fine stratège et esprit brillant. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été honorée du titre de mater castrorum : mère des armées, de la patrie, de l’Empire.

Dans ce second volume, nous retrouvons Julia, toujours prête à mener de nouveaux combats pour maintenir le pouvoir au sein de la dynastie qu’elle a fondée: elle a donné deux héritiers à Septime, deux césars, qui sont entrés en concurrence pour le trône dès le plus jeune âge. 

La famille continue à parcourir l’empire, à repousser ses frontières, à conquérir de nouveaux territoires, grâce à la symbiose de ce couple impérial. Avec son acuité, Julia manoeuvre pour se rallier des soutiens et neutraliser les ennemis, mais certains sont plus coriaces que d’autres.

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Moi Julia: un empire, une destinée

photo du livre Moi Julia, un empire une destinée

Les femmes à à avoir été effacées de l’Histoire, sont nombreuses, alors que depuis la nuit des temps elles œuvrent à la grande marche du monde. Mais voilà, une histoire écrite par les hommes a préféré retenir n’en retenir que les hommes qui l’ont soit disant faite…

Santiago Posteguillo, actuellement l’un des plus grands auteurs espagnols de romans historiques, a décidé de sortir de l’ombre l’une d’elle: une personnalité hors normes, qui a joué un rôle capital dans le maintien de l’empire romain. C’est l’impératrice Julia Domna. En découvrant son incroyable destin, vous ne verrez plus jamais l’histoire de Rome de la même façon!

Rome, 192 après JC. Julia n’est encore que la femme du gouverneur Septime Sévère, envoyé du côté du Danube avec ses légions, quand l’empereur Commode met Rome à feu et à sang – il retient en otages dans la ville les femmes de ses gouverneurs, pour prévenir toute rébellion. Mais Commode le sanguinaire est assassiné.

Julia, profitant de la confusion qui règne, va en profiter pour rejoindre Septime avec ses deux jeunes fils. 

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Le pavillon des oiseaux

couverture du livre Le pavillon des oiseaux

Bienvenue à Rome, capitale des rivalités intestines et des ragots mondains.

En cette seconde moitié de XVIe siècle, la jeune Clelia, fille illégitime du cardinal Alexandre Farnèse, fait son entrée dans la société en épousant, à 14 ans, Giovan Giorgio Cesarini, à la fois gonfalonier du pape et héritier en vue de la jeunesse dorée romaine. Avec Fernando de Médicis, meilleur ami de Cesarini, les trois jeunes gens vont bientôt former une trio très en vue, s’exposant aux plus viles rumeurs colportées à travers les avvisi, sorte de Closer de la Renaissance. Clelia est une jeune fille espiègle qui aime sortir, s’amuser et séduire, mais elle est soumise au regard permanent des menanti qui épient ses moindres faits et gestes. Malgré le contrôle rapproché de sa gouvernante et de son père, le Grand Cardinal, grand ennemi des Médicis, Clelia se laisse séduire par Fernando de Médicis. Son studiolo des jardins de la villa Médicis, le Pavillon des oiseaux aux fresques peintes par Zucchi, abritera la fougueuse relation adultère – mais n’empêchera pas les ragots de continuer.

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Hors d’atteinte

couverture du livre Hors d'atteinte de Frédéric Couderc

Parmi tous les nazis désignés comme criminels de guerre au procès de Nuremberg en 1946, un commandant SS n’a jamais été condamné. L’homme, pourtant, est un bourreau aussi pervers et inhumain que Mengele. Médecin, comme ce dernier, il a pratiqué la stérilisation de femmes et la castration d’hommes dans le Block 10 à Auschwitz.

Auparavant, ce médecin a « oeuvré »  au programme Aktion T4, au château de Sonnenstein, qui a euthanasié des milliers de handicapés physiques, mentaux. 

Pendant 16 ans, Schumann a réussi à fuir, s’installant de longues années au Ghana, et il est mort tranquillement en 1983 à Hambourg…

Dans ce roman-enquête extrêmement documenté, Frédéric Couderc va imaginer la traque de cet homme.

Paul Breitner est écrivain – il vit à Hambourg, avec pour seules attaches familiales son grand-père Viktor, un nonagénaire qui a vécu toute sa vie dans ce port de la Hanse. Enrôlé dans l’armée allemande, Viktor était loin de Hambourg lorsque sa famille a sombré dans le bombardement de la ville – l’opération Gomorrhe avait alors tué 45000 personnes.

A la suite d’un évènement, Paul découvre que le voisin de son grand-père était Horst Schumann, un criminel de guerre nazi qui a échappé à toute condamnation malgré les crimes qui lui sont attribués.

Les deux hommes pouvaient-ils avoir un lien? Paul veut comprendre.

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L’enfant de Bruges

Bruges, juin 1441. Le jeune Jan, 13 ans, travaille dans l’atelier de son père adoptif, le grand peintre Jan Van Eyck. Bientôt, Van Eyck démarrera son compagnonnage et lui transmettra son savoir.

Mais la Flandre, depuis quelques temps, est secouée par une série de meurtres inexpliqués qui touchent d’autres artistes de la confrérie. 

La menace se resserre autour de Van Eyck et du jeune Jan, qui, sans le savoir, est détenteur d’un secret auquel plusieurs personnes s’intéressent d’un peu trop près, mais de très loin: à Florence aussi, le danger gronde, et semble vouloir s’abattre sur les artistes. 

Bien malgré lui, Jan se retrouve au coeur d’une conspiration qui dépasse l’entendement de l’art et les rivalités entre maîtres flamands et toscans.

Gilbert Sinoué nous immerge dans la Bruges du XVe siècle, berceau de la révolution de la peinture, avec une force d’évocation intense, avant de nous emmener au coeur de Florence et de son Duomo fraîchement achevé, nous donnant la mesure des voyages à cette époque.

Le roman peut se lire comme un polar historique et comme un manuel d’histoire de la peinture au travers duquel il livre les techniques de travail des artistes, mais nous invite aussi à avoir un regard sur leurs oeuvres – il nous offre ainsi, par exemple, une perspective sur l’Annonciation de Rogier van der Weyden et les époux Arnolfini de Van Eyck par le biais d’un clin d’oeil sur l’emprunt d’un peintre à l’autre. 

Admirative des tableaux de Van Eyck, j’ai réellement aimé cette impression d’être au coeur du processus de création – même si cette partie, subordonnée au déroulement de l’intrigue, est trop brève à mon goût.

L’auteur esquisse aussi les prémisses de l’imprimerie, dessine les rouages commerciaux montés par les ambitieux Medicis, et les pouvoirs politiques et religieux de l’époque. 

Le monde qu’il  brosse à travers ces pages, à l’aube de ces grandes découvertes qui le feront basculer vers d’autres possibles, préfigure les purges calvinistes ou celles qui naîtront à Florence cinquante ans plus tard, avec la dictature théocratique de Jérôme Savonarole.

« L’enfant de Bruges » se lit comme un grand roman d’aventure, au service duquel l’auteur a mis son érudition pétillante, et jamais pompeuse.

Titre: L’enfant de Bruges

Auteur: Gilbert Sinoué

Editeur: Gallimard

Parution: 1999

Les mains du miracle

Les mains du miracle
Joseph Kessel
Folio
Books moods and more

Si l’histoire de Schindler, qui a sauvé un millier de Juifs pendant la guerre est devenue célèbre (merci Steven Spielberg) celle de Felix Kersten, qui en sauva plusieurs milliers l’est beaucoup moins.

C’est cette histoire méconnue du grand public que Joseph Kessel raconte dans « Les mains du miracle », récit romancé publié en 1960. Celle d’un homme qui, en devenant le médecin personnel de Himmler, a réussi à négocier à maintes reprises la vie de plusieurs milliers de personnes.

C’est pourtant avec une réticence extrême qu’à la demande d’un ami, Kersten va pour la première fois soigner Himmler. Atteint de crampes d’estomac dont aucun traitement ne venait jusque là à bout, les massages miraculeux de Kersten vont soulager Himmler à un point tel que la disponibilité de Kersten va devenir vitale au chef nazi. Et le pouvoir de Kersten sur Himmler va devenir exponentiellement immense.

Himmler est le maître d’oeuvre démoniaque de mesures qui terrifient les Allemands et bientôt la population mondiale – mais face à Kersten, il n’est qu’un homme chétif, cheveux pauvres, yeux gris sombres protégés par des verres sur monture d’acier, pommettes mongoloïdes et menton fuyant. A demi-nu devant Kersten, il perd toute sa puissance.

Avec Himmler, il semblait à Kersten qu’il avait entre ses mains un enfant débile »

Lorsque Himmler souffre, il est prêt à tout accorder. Lorsqu’il est soulagé, il a le plaisir indicible de parler sans réticence de tout, même des sujets les plus secrets, les plus stratégiques. Alors, usant de son ascendant guérisseur et tout en triturant les nerfs de son patient, Kersten manipule au sens propre comme au sens figuré le numéro deux du régime nazi – qui n’y voit que du feu malgré la suspicion de plus en plus grande d’autres militaires du parti, et offre non seulement son absolue confiance au médecin-masseur mais aussi sa protection face à aux ennemis qu’il ne tarde pas à se faire.

Gagnant peu à peu la confiance de Brandt, le secrétaire privé de Himmler (et le dépositaire de tous ses secrets, qui n’hésite pas à arranger certains documents pour aider Kersten dans son entreprise), de Godlob Berger le commandant de l’armée du Reichsführer et de Walter Schellenberg qui dirigeait les services d’espionnage, Felix Kersten va oeuvrer durant cinq années, jusqu’à la défaite de l’Allemagne. Son intervention auprès de Himmler aura permis de sauver de la déportation et de la mort des milliers de vies.

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La Pâqueline ou les mémoires d’une mère monstrueuse

roman d'Isabelle Duquesnoy, La Pâqueline ou les mémoires d'une mère monstrueuse

A la sortie de L’embaumeur en 2017, sous les lumières tamisées d’un début de soirée au café Zimmer (ah! se rencontrer dans un café était si naturel en ce temps-là), Isabelle Duquesnoy avait confessé que son Embaumeur aurait probablement une suite… chaque personnage du roman vivait déjà indépendamment des autres à travers un vade-mecum que l’auteure avait écrit pour chacun, en amont de son travail. Bref, elle avait déjà là toute la matière à sa future suite.

Mais plutôt que de nous offrir une suite en bonne et due forme des aventures de Victor Renard, Isabelle Duquesnoy a choisi de nous donner des nouvelles de son héros à travers la Pâqueline, son odieuse mère que nous avions détestée pendant 520 pages. Il faut dire que notre pauvre Victor, qui a échappé par on ne sait quel miracle à la guillotine, croupit dans les geôles parisiennes et sa vie y est bien moins foisonnante qu’au fond de son cabinet d’embaumement!

De personnage secondaire, la Pâqueline devient donc figure principale, remontée contre son fils Victor qui, avec sa condamnation, a ruiné sa réputation (qui n’était déjà pas fameuse). 

Toujours aussi sûre d’elle, et persuadée que Victor lui doit sa réussite et donc sa fortune, elle va récupérer son dû en s’installant chez son fils emprisonné, son paon adoré au croupion déplumé sous le bras, bien décidée à se venger de son infâme rejeton. 

Et comme dilapider sa fortune en dépouillant son appartement et en revendant les objets et meubles un par un ne suffit pas, elle décide de re-décorer le logis de Victor en écrivant son histoire sur les murs de chaque pièce…

En partant du postulat que derrière chaque bourreau se cache une victime, on peut imaginer que la vie qui a fait de Pâqueline cette mère toxique et maltraitante, n’a pas été bienveillante avec elle… et c’est en nous emmenant sur les chemins de son enfance sous Louis XV que son histoire va prendre toute sa dimension. Jusqu’à nous faire éprouver de l’affection pour cette marâtre… mais la Pâqueline reste la Pâqueline, et sa nature sans pitié reprend toujours le dessus. Et là, je peux vous garantir que Victor va passer pour un enfant de choeur à côté de sa mère, qui n’est pas seulement sans scrupules mais surtout sans sentiment et (presque) dénuée d’humanité.

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