Plein nord

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C’est grâce à ma copine Marie-Claude du blog Hop sous la couette ! que j’ai découvert l’écrivain américain Willy Vlautin. Son Willy! J’avais envie de comprendre son engouement, même si je savais déjà que ces histoires-là, ces anti-héros écorchés par la vie, me parleraient.

Il est des romans qui sont des claques – Plein Nord en est une, magistrale et violente.

Allison a 22 ans – cheveux noirs, yeux bleus, et diablement maigre. Elle a au creux des reins deux tatouages, une croix gammée, et le sigle de l’Eglise mondiale du créateur, que son petit ami lui a fait faire un soir de cuite. Allison boit, elle boit tellement qu’elle perd connaissance à chaque fois qu’elle est ivre. Jimmy, son petit ami, la maltraite, la violente, l’attache pour la punir ou l’enferme dans un coffre de voiture. Et l’emmène traîner dans les fêtes des néo-nazis du coin, où l’alcool exacerbe les comportements violents et nationalistes.

Le jour où Allison découvre qu’elle est enceinte, elle décide de fuir Las Vegas et l’insécurité de son quartier, laissant derrière elle sa mère, sa petite sœur et son job de serveuse pour tenter d’échapper à la toxicité de Jimmy et se reconstruire.

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Les animaux

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1996 – Bill Reed vit au cœur de la forêt, dans l’Idaho, entouré des animaux sauvages de son refuge. Il leur consacre sa vie, loin du monde, épaulé par Bess son assistante, deux bénévoles et surtout  Grace sa fiancée vétérinaire. Tous sont aussi passionnés que lui. Lorsqu’un animal est retrouvé blessé, renversé par une voiture, coincé dans un grillage, c’est Bill qui est appelé à la rescousse pour le sauver – ou abréger ses souffrances. Mais ce refuge n’est pas du goût de tout le monde, et Bill, après des années de tranquillité, sent poindre la menace  de l’inspection de Chasse et Pêche, qui voit d’un mauvais œil ces animaux estropiés vivre dans des enclos, et pourrait l’obliger à fermer le refuge. Aussi, lorsqu’en plus réapparaît  Rick, un ami de jeunesse de Bill qui sort de prison, sa vie jusque-là si préservée se retrouve au bord du précipice. Car Bill a bâti cette vie simple et retirée du monde sur un mensonge, et il ne veut pas tout perdre à cause de son passé qui le rattrape.

Un beau jour, il s’était réveillé au sein de l’existence qui lui faisait envie depuis toujours et vers laquelle tous ses mauvais choix l’avaient mené à son insu, une idée qui le laissait incrédule, et qu’il aurait jugée grotesque si quelqu’un d’autre la lui avait exposée. Mais finalement Rick était revenu, et tout s’était désagrégé en une myriade de questions obscures et sans issue

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Le Blues de La Harpie

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Luce Lemay sort de prison –  3 années passées derrière les barreaux pour purger sa peine, expier la faute qu’il a commise un soir où, jeune et inconscient, il a voulu changer sa vie, partir avec la caisse du débit de boissons où il travaillait, fonçant en voiture avec la Vierge qui le regarde depuis le tableau de bord en vinyle rouge, et soudain. Soudain, le landau qui déboule, qui part dans les airs en tapant dans le pare-chocs. Et la petite vie qu’on ne peut pas rattraper, saisie au vol par les anges.

Sous conditionnelle, il revient à La Harpie, la petite ville de l’Illinois où il est né et a vécu jusqu’à ce jour fatidique. Il n’y est pas le bienvenu, mais Clutch, un ancien taulard qui a rencontré Dieu en prison, veut lui redonner une chance, et lui offre un petit boulot dans sa station-service Gas’n Go, tout comme il l’a fait pour Junior Breen. Junior, c’est un colosse au cœur tendre et aux pieds d’argile, avec qui Luce s’est lié d’amitié derrière les barreaux. Tous les deux aspirent à retrouver une vie simple, et pourquoi pas heureuse. Mais leur présence dérange la petite ville tranquille de La Harpie, d’autant plus que Luce tombe très vite amoureux de Charlene, la fille du roi de la voiture d’occasion. Fatalement, les ennuis vont s’abattre sur eux. Y-aura-t-il une issue, quelle vie sont-ils en droit d’attendre lorsque partout le monde semble crier qu’ils ne méritent pas de vivre ? Comment se reconstruire quand on doit continuer à porter le fardeau de sa faute ?

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Frankie Addams

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Frankie Addams, vous la connaissez déjà, d’une certaine façon… Je vais vous rafraîchir la mémoire : une jeune fille garçon manqué, un peu mal dans sa peau, qui s’ennuie dans l’été qui ne passe pas, entre l’employée de maison et sa petite voisine fragile… elle s’entiche d’une autre jeune fille qui doit jouer un concerto de Mendelssohn dans sa petite ville, et elle s’est persuadée qu’elle allait partir l’accompagner dans sa tournée… Eh oui, il s’agit de L’effrontée, interprétée par Charlotte Gainsbourg et réalisée par Claude Miller – qui a été inspirée du roman de Carson Mc Cullers.

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Bénis soient les enfants et les bêtes

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Quoi de plus américain que ces Summer Camps, camps d’été de deux mois passés loin des parents, au grand air, dans la nature, qui contribuent au mythe d’une culture ?

Cet été-là, leurs parents ont décidé de les envoyer  au Box Canyon Boys Camp, réservé aux familles fortunées. Eux, ce sont six adolescents, mal dans leur peau, inadaptés, défaillants socialement. En huit semaines, on promet de faire d’eux, en plein cœur de l’Arizona, des vrais cow-boys, de futurs hommes endurcis et aguerris. Regroupés en tribus, les garçons du camp s’affrontent dans différentes compétitions : équitation, tir à l’arc, tir au fusil, épreuves d’adresse, natation, sports au grand air, dont les scores sont totalisés à la fin de chaque semaine et permettent d’attribuer à chaque tribu le nom et le trophée qui lui revient : Apaches, Sioux, Comanches, Cheyennes et Navajos.

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L’année de la pensée magique

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La vie change dans l’instant

L’homme est, et l’instant d’après, il n’est plus.

Le 30 décembre 2003, le mari de Joan Didion meurt, foudroyé par une crise cardiaque.

Ce soir du 30 décembre, Joan et John rentrent chez eux après une nouvelle journée passée au chevet de leur fille Quintana, qui est dans le coma suite aux complications d’une pneumonie. A peine regagné leur appartement de Manhattan, à peine allumé un feu de cheminée, à peine pris le temps de boire un premier whisky avant de passer à table, et John s’effondre sans que Joan comprenne. Cinq minutes pour que l’ambulance arrive, une quarantaine de minutes pendant lesquelles les secouristes vont tenter de le ranimer, cinq autres minutes pour le transporter à l’hôpital – le décès sera prononcé à 22H18. Soudain, après 40 années de vie commune avec son mari John, 40 années au cours desquelles, travaillant ensemble au sein de leur appartement, ils se seront à peine quittés plus de quelques jours, Joan Didion se retrouve seule.

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No home

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Ma première vraie prise de conscience de l’esclavage date de ma classe de 1ère : nous étudiions alors Voltaire et son optimiste Candide, quand nous croisâmes dans les pages du Lagarde et Michard le nègre du Surinam, propriété du « fameux négociant » M. Vanderdendur – l’occasion pour Voltaire de dénoncer dans ce conte philosophique la cruauté de l’esclavage.

Ma seconde prise de conscience vint peu de temps après, la même année, lors d’un voyage en famille au Sénégal. Nous prîmes un matin le bateau à Dakar pour débarquer une heure plus tard sur une île hors du temps, Gorée, symbole de la traite négrière. Là, nous visitâmes le lieu de passage obligé pour cultiver la mémoire de l’esclavage, La maison aux esclaves. Je me souviens avoir éprouvé un sentiment d’une tristesse inouïe avec une intense acuité au récit du gardien, évoquant les cachots au rez-de-chaussée de la maison dans lesquels étaient entassés hommes, femmes et enfants, qui bientôt, en empruntant la porte au fond conduisant vers la mer, traverseraient à bord d’un bateau l’océan vers l’Amérique.

* * *

Dans son premier roman, c’est une histoire de l’esclavage que nous raconte Yaa Gyasi, une fresque historique et puissante qui court sur près de trois siècles, à travers sept générations. Elle commence au dix-huitième siècle dans un village du Ghana, ou Maame, une esclave, va donner naissance à deux filles de deux pères différents, dans des villages rivaux. La première, Effia, sera élevée par celle qu’elle prendra longtemps pour sa mère, avant d’être mariée au gouverneur britannique du fort de Cape Coast, tandis que la seconde, Esi, dont elle ne connaît pas l’existence, sera enlevée et enfermée dans les cachots du fort, exactement au-dessous de là où habite désormais Effia. Esi sera vendue et envoyée vers l’Amérique à bord d’un bateau, et Effia fondera avec James Collins sa lignée métissée. C’est donc sur deux continents que nous allons suivre les destins des deux sœurs et de leur descendance.

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Valet de pique

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Un personnage et son double maléfique, le thème n’est pas nouveau en littérature.

Mais l’exercice se révèle troublant lorsqu’une écrivaine, fort réputée, met en scène un écrivain qui se dédouble, alors qu’elle-même a publié sous pseudonymes plusieurs romans noirs… Jeu, provocation ou masochisme?

Andrew J. Rush a tout pour être heureux : écrivain à succès, il publie depuis de nombreuses années des romans policiers vendus à travers le monde. Marié à Irina, qu’il a rencontrée alors qu’ils étaient étudiants, ils ont trois grands enfants et une magnifique maison ancienne dans la campagne du New Jersey, tout près de la jolie ville d’Harbourton. Surnommé par les médias le « Stephen King du gentleman », ses romans sont des valeurs sûres, construits selon une méthode efficace où la morale et la bienséance concluent à chaque fois l’histoire de façon immuable.

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Un ange brûle

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J’ai découvert Tawni O’Dell en 2010 avec son quatrième roman, Animaux Fragiles.

Dans la foulée, j’ai dévoré tous les autres. Sept ans pour attendre de ses nouvelles, c’était un peu long, et j’ai souvent craint de ne plus en avoir… Mais elle nous est enfin revenue avec son nouveau roman, Un ange brûle.

Et Un ange brûle n’échappe pas à la règle : comme dans tous les autres romans de la romancière américaine, son action se situe dans les régions minières de Pennsylvanie, terres dévastées, épuisées et détruites par l’exploitation.

Dove Carnahan, son héroïne, connaît bien cette région : elle y est née. Chef de la police locale, après avoir gravi les échelons, elle doit faire face à un crime sordide qui secoue la petite communauté de Buchanan : une jeune fille a été retrouvée morte, à moitié brûlée, sur les anciennes terres minières abandonnées de Campbell’s Run, recouvertes de « fractures fumantes (qui) ont déchiré la surface ». Ici, pendant des années, un feu de mine a tranquillement grignoté les entrailles de la terre avant de gagner sa surface, créant des entonnoirs qui peu à peu ont englouti la ville.

Bientôt l’identité de la jeune fille ne fait plus de doute, et l’enquête s’ouvre au sein de sa famille, les Truly, clan pauvre, alcoolique, malfaisant, qui tire sa force d’une grand-mère manipulatrice, Miranda et de ses deux fils Eddie et Clark. On traverse le miroir d’un idéal américain pour pénétrer dans une Amérique prolétaire, nourrie de la culture de la téléréalité à grand renfort de paquets de chips XXL et de packs de bière, loin des clichés pailletés que nous connaissons.

Chez les Truly,

(on) zigzague à travers le labyrinthe de voitures et de camionnettes à plateau garées n’importe comment sur un terrain déjà encombré de carcasses automobiles, d’appareils ménagers déclassés, de piles de pneus usés, de bicyclettes dépouillées de leurs accessoires amovibles, d’un portique à balançoires rouillé et d’un vieux canapé dont la toile déchirée laisse émerger des bouts de mousse grignotée ou, de temps en temps, le museau palpitant de quelques rongeurs

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Quelle était la place de Camio, brillante élève, passionnée de psychologie, amoureuse  de Zane, jeune homme de bonne famille, qui ambitionnait de partir étudier à l’université loin de sa famille ? Qui pouvait lui vouloir du mal, ici ou à Buchanan ?

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Dans la forêt

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Est-ce que la guerre, qui fait rage quelque part au loin, est la cause de cet effondrement du pays ? Est-il lié à des débordements anarchistes, politiques, sociaux, économiques ? Ici on apprend qu’un groupe a fait sauter le Golden Gate Bridge, là que c’est la Maison Blanche qui brûle, tandis que le Mississipi a quitté son lit, qu’un séisme en Californie a provoqué la fusion du cœur d’un réacteur nucléaire, et que les écoliers se tirent dessus…

On ne le saura pas vraiment, mais ici en Amérique, la civilisation s’est effondrée. Plus d’électricité, plus d’essence, plus de journaux, plus d’argent, plus de nourriture, plus de médicaments. Rien sinon le néant. Les hommes ont déserté les villes, d’autres sont venus prendre leur place dans les maisons laissées inhabitées. La rumeur dit qu’il y a des maladies, qu’on en meurt aussi. La rumeur est la seule chose à laquelle on peut encore se fier, si tant est qu’elle reste une rumeur…

Loin de tout, dans la maison de la forêt où elles ont grandi et où elles se sont retrouvées seules à la mort de leurs parents, Nell et Eva ont décidé de survivre. Que leur reste-t-il sinon vivre côte à côte, jour après jour, et compter l’une sur l’autre, se nourrissant des réserves emmagasinées? Au cours de ces journées qui se succèdent et se ressemblent, Nell la narratrice continue à lire espérant un jour intégrer Harvard, et sa sœur ainée Eva continue de danser avec discipline et sans musique.

 Même se disputer est un luxe qu’on ne peut pas se permettre quand sa vie entière a été réduite à une seule personne

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