Les échoués

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Ils sont trois, trois hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer si la misère ou la guerre ne leur avaient pas fait fuir leur pays.

Trois hommes, Virgil le Moldave, Assan le Somalien et Chanchal le Bangladais, échoués à Villeneuve-le-Roi, après des semaines à braver l’impensable pour rejoindre leur nouvelle terre promise. La vie les a réunis dans leur clandestinité – alors que chacun veille à sauver sa peau avant tout, Virgil a secouru Chanchal laissé pour mort au fond d’un trou, puis il a accueilli Assam et sa fille Iman, dans sa cachette en forêt. Chacun porte son histoire douloureuse, mais chacun porte aussi l’espoir d’un nouveau départ: préparer l’arrivée du reste de la famille en France, envoyer de l’argent au pays pour survivre, libérer une jeune fille de 17 ans de la couture ancestrale de son sexe.

Mais pour ces clandestins, qui pensaient pourtant avoir vécu le pire lors de la longue route de l’exil, survivre au jour le jour est une nouvelle épreuve hors norme. Protéger le maigre bien dont on dispose, se nourrir, dormir, et surtout trouver du travail sont des épreuves quotidiennes sans répit, où une violence sans nom règne, où toute dignité se perd, où l’homme souvent se voit réduit à une condition en-deçà même de la condition animale.

Réunis malgré eux, Virgil, Assan, Chanchal et Iman vont se soutenir pour survivre à l’enfer du quotidien, maltraités par leurs semblables, exploités par des hommes sans scrupule, sans humanité, pour qui aucun profit n’est trop petit – mais quelle est l’issue pour eux et leurs semblables, peut-il y avoir au bout de cet enfer une ouverture sur un espoir de liberté?

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My absolute darling

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Il y a une règle, pense-t-elle, une règle que la vie t’a enseignée, que Martin t’a enseignée, cette règle c’est que toutes les petites moules aux cuisses humides comme toi ont ce qu’elles méritent

Qu’est-ce qu’on peut savoir de la vie, à quatorze ans, quand on vit seule avec son père dans une maison délabrée sur une colline isolée?

Qu’est-ce qu’on peut savoir de l’amour, à quatorze ans, quand la personne qui vous aime le plus, votre père, est aussi celle qui vous fait le plus de mal?

Dans une vieille maison en bardeaux de bois infiltrée par le sumac, les rosiers sauvages et par les balles tirées à bout portant, en haut d’une colline qui domine la côte sauvage du nord de la Californie, Turtle vit seule avec son père.

Depuis que la mère de Turtle est morte, lorsqu’elle était petite, Martin a déployé tout son amour sur sa fille, mais aussi sa toute puissance et sa folie dévastatrice. En rupture complète avec la société, Martin se prépare à la fin du monde, qu’il croit proche, et entraîne Turtle, telle une guerrière, à se battre pour survivre, dans leur maison remplie d’armes à feu. A quatorze ans, Turtle est rompue à l’utilisation des différents calibres, monte et démonte méthodiquement son arme préférée qui la quitte rarement. Dans cette vie en autarcie, Martin coupe Turtle de ce monde qu’il juge malveillant.

Mais tous les matins, dans un rythme immuable, père et fille se retrouvent dans la cuisine, Turtle gobe un oeuf cru attrapé dans le frigo, lance une bière à Martin en guise de petit déjeuner, puis le père accompagne sa fille au bout de l’allée jusqu’à l’arrêt de bus pour le collège, où elle lui dit comme chaque matin « tu n’es pas obligé de m’accompagner tu sais ».

La vie de Martin et Turtle est faite de rites improbables qui débordent du cadre de la normalité. Martin fait osciller la vie de sa fille entre amour infini et violence insoutenable, Martin aime de façon aussi folle qu’il maltraite, Martin est un monstre qui fait endosser tous les rôles à sa Turtle, fille, femme, amante, assouvissant ses pulsions sexuelles

Comment savoir, à quatorze ans, ce qui est bien ou mal, si l’amour fou de ce père est normal, comment comprendre qu’on n’est pas responsable de cette ambiguïté, qui parfois même donne un plaisir coupable, comment savoir que cette chose qui vous domine s’appelle l’emprise?

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Pays provisoire

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Un titre qui évoque l’exil, la précarité de la vie, la douleur des guerres.

Nous sommes en 1917, Amélie Servoz est une jeune française qui vit à Saint-Petersbourg, capitale de l’Empire russe, ville du Tsar, de la culture, du raffinement, où elle est arrivée en 1910 pour reprendre la boutique de mode d’une cousine expatriée.

Jeune femme résolument moderne, indépendante et émancipée, ces années en Russie lui permettent de développer ses talents de modiste. Eloignée de la guerre qui sévit depuis plusieurs années en France, sa vie comme celle de centaines de milliers de petersbourgeois bascule en février 1917, lorsqu’éclate la Révolution russe. Face à la terreur de plus en plus intense que font régner les Bolcheviks, Amélie décide de quitter son pays d’adoption pour regagner Paris. Accompagnée d’une autre expatriée française, Amélie est loin d’imaginer le parcours que sera son retour en France, alors que toutes les voies de communication dans cette Europe en guerre sont coupées. De son départ en train pour la Finlande puis vers la Suède, pour pouvoir enfin prendre un premier bateau à destination de l’Angleterre, nous suivrons le parcours d’Amélie, qui fut celui de nombreux candidats à l’exil, pour regagner Paris.

Ce premier roman de Fanny Tonnelier évoque la première guerre mondiale sous un prisme méconnu, celui de la Russie des Tsars et de la magnificence de Saint-Petersbourg. C’est en fouillant dans les archives de l’ancienne capitale russe que Fanny Tonnelier a découvert l’existence de toutes ces jeunes françaises qui vivaient à Saint-Petersbourg, pour la plupart employée en tant qu’institutrices par de riches familles de la grande bourgeoisie ou de l’aristocratie. On saisit à travers ce récit toute la beauté de la ville, son importance politique et intellectuelle et la fascination qu’elle pouvait exercer sur l’Europe toute entière. Ceci est accentué par le métier de modiste d’Amélie, dont l’auteure fait une description fouillée, technique et passionnante. On se prend à rêver à ces sublimes silhouettes aux têtes chapeautées de capelines drapées, qui n’ont pas été sans m’évoquer la série de Nina Campanez, Les dames de la côte.

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Play boy

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A quatre ans j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.

C’est un roman. On hésite. Roman? Autobiographie? L’auteure s’en défend un peu. Constance Debré, avocate, quadragénaire, a plaqué son mari, se détache de son métier, de sa vie qui l’ennuie, et décide de vivre en plein jour son homosexualité.

Le lecteur la suit dans sa nouvelle vie de lesbienne en devenir qui s’assume, cherchant à découvrir dans les bras d’autres femmes comment ça fonctionne, ces amours-là. Comment on s’y prend pour embrasser, pour prendre une femme dans ses bras, pour faire naître le désir, pour baiser. Baiser, oui. C’est choc, c’est trash, c’est délibérément provoc. Constance Debré parle comme un mec. Pas comme un homme, non, comme un mec qui a gommé la femme qu’il a été, qui a jeté les robes, les sacs, les chaussures.

Pour le cul j’essayais de me projeter. J’essayer de me branler en pensant à elle

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Les Indifférents

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Mon premier été avec les Indifférents, j’y repenserai toujours. Indélébile sur ma peau. Gravé sur les lèvres et le bout des doigts. Un été de glaux à boutons jaunes, de couleurs qui pètent les yeux et de souvenirs tous les jours. Un été de genoux écorchés, de cloques et de coups de soleil, de chairs de poule et de frissons qui disent la terre, la mer et le vent.

Ils sont quatre, aux airs des quatre fantastiques, quatre adolescents à la vie privilégiée qui écument le Bassin d’Arcachon. Ils sont quatre, deux garçons, deux filles, dans la jeunesse dorée de la région,Théo, Léonard, Daisy – et Justine, la nouvelle. Justine, débarquée d’Alsace avec sa mère qui rejoint l’équipe de Paul Castillon, entrepreneur riche et véreux du bassin, père du charismatique Théo. Justine, elle, ne connaît rien des codes de la bourgeoisie et du Bassin, mais sous la protection de Théo, elle va intégrer la bande des Indifférents. Qu’il est doux d’être insouciant dans l’exaltation adolescente qui partage son temps entre les plages et les bancs du lycée, les fêtes, l’alcool facile et les substances illicites. Qu’il est fascinant d’être un Indifférent, respecté de tous en les tenant à distance, qu’il est facile de faire partie de cette jeunesse à qui tout réussit, cette jeunesse séduisante aux mèches blondies par le soleil et par le sel. Une jeunesse sur le fil du rasoir, si vulnérable et si cruelle quand se profile la mise en danger du groupe qui les mènera un matin vers le drame. Qui sont-ils, ces Indifférents? Quels secrets cachent-ils, quels secrets abrite l’indifférence de leurs parents?

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L’heure du bilan: février

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Les chiffres:

Le mois de février n’a que 28 jours… mais il comptait des vacances également!

Ce sont donc sept livres au compteur ce mois-ci, quatre écrits par des auteurs femmes et trois par des auteurs hommes. Avec sept livres, la parité n’était pas envisageable ce mois-ci! Parmi ces sept livres, cocorico! quatre sont français, deux américains, et un sud africain.

Les livres:

Deux premiers romans:

Fugitive parce que reine, un premier roman magistral pour Violaine Huisman avec un sujet qui aurait pu paraître redondant en cette rentrée littéraire: la relation de l’enfant à la mère. Dans ce récit autobiographique sans concession, elle a su passer au travers des différents écueils sans pathos mais avec une écriture juste et limpide.

Drôle de surprise que L’homme de Grand Soleil, lu dans le cadre des 68 premières fois. Je me suis bien laissée embarquer dans cette histoire inattendue qui ressuscite l’homme de Neandertal. Un roman fouillé, intelligent, amusant, bien que le style ne m’ait pas entièrement conquise.

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L’homme de Grand Soleil

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C’est parti pour les 68 premières fois. Découvrir un livre qu’on n’a pas choisi, sortir de sa zone de confort, laisser tomber d’éventuels préjugés…

J’étais heureuse de recevoir ce roman, dont je n’avais pourtant absolument pas entendu parler – que je ne vous mente pas! Mais à me balader sur le site de ma copine québécoise Marie-Claude, l’envie de lire québécois me titillait…

J’avais un peu vite lu la quatrième de couverture: le roman se passe bien au Québec, mais son protagoniste est français (je l’avoue, j’ai eu une légère déception lorsque j’ai compris cela… mon « vrai » roman québécois serait partie remise).

Jacques Leboucher est médecin – il le concède, son nom peut faire fuir les patients! La cinquantaine, il s’est expatrié au Québec il y a de nombreuses années, et après un parcours du combattant pour faire valoir son diplôme, il a enfin eu l’autorisation d’exercer son métier. En contrepartie, il a dû s’engager comme médecin itinérant, qui une fois par mois rejoint après un long périple le Québec arctique pour soigner les habitants de Grand Soleil. Quel joli nom pour cette bourgade isolée de quelques dizaines âmes, où les températures descendent bien en-dessous des moins cinquante degrés et où l’on sort au péril de sa vie.

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Les guerres de mon père

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Une fille trop aimée peut-elle s’affranchir de l’amour de son père?

Gilbert Schneck, le père de Colombe Schneck, est parti depuis presque trente ans.

Depuis sa mort, l’écrivaine n’a jamais cessé de le chercher, de l’attendre. Jusqu’au moment où elle s’est posée pour essayer de le comprendre, comprendre ce que sa bienveillance, son regard doux, sa manière d’aimer les femmes, d’aimer ses enfants, sa façon de faire face à la vie en ne voulant voir que les belles choses, sans parler des choses qui fâchent – et surtout, chose essentielle, ne laisser que des bons souvenirs, pouvaient dire tout ce qu’il savait si bien taire.

Une double quête pour Colombe Schneck: reconstruire l’histoire familiale en défiant une généalogie en pointillés, et apprendre à s’émanciper de cet amour trop fort pour accepter d’être aimée par un autre homme.

Patiemment, mais avec entêtement, elle va interroger, consigner, enquêter. Interroger sa famille, les maîtresses de son père, consulter les archives départementales, nationales. Qui était Gilbert, enfant juif né de l’exil de deux parents venus de pays qui n’existent plus, caché pendant la guerre à Périgueux, enfant qui a survécu aux rafles et à la mort, adolescent blessé par l’assassinat honteux de son père, jeune homme meurtri par les horreurs de la guerre d’Algérie?

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Ceux d’ici

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Ne vous fiez pas au charme contemplatif de la couverture si « Nouvelle-Angleterre » du roman…

Lorsqu’il revient de New York après le 11 septembre 2001, Mark Firth est accueilli en héros dans sa petite ville du Massachusetts. Mais Mark n’a rien d’un héros, tout juste est-il un petit entrepreneur de la middle class qui s’est fait arnaquer par un investisseur véreux, raison pour laquelle il était secrètement à New York ce jour-là pour un rendez-vous dans un cabinet d’avocats.

C’était une petite ville, et malgré cette conviction yankee que chacun menait une existence indépendante, tout le monde s’occupait tout le temps des affaires des autres.

Dans la petite ville de Howland, Massachusetts, chacun semble donc mener une petite vie tranquille, sans grandes aspirations. Mais cet après 11 septembre, une fois les moments de solidarité passés, va voir naître beaucoup de rancoeurs au sein de la communauté. Mark Firth ne va pas y échapper, alors que sa petite société subit de surcroît les affres économiques de la région.

Lorsque Philipp Hadi, un riche new-yorkais, vient s’installer à Howland avec sa famille pour échapper au danger d’une récidive potentielle d’attentat à NYC, de nouvelles perspectives s’ouvrent.  D’abord pour Mark, à qui il offre du travail et surtout l’espoir de s’élever. Et surtout pour toute la communauté, dont il va bientôt devenir le Premier Elu. En prenant la tête de la ville, Hadi va d’abord éliminer beaucoup de problèmes qui pourrissaient la vie de ses concitoyens et le bon fonctionnement de la communauté en supprimant les taxes et en payant de sa poche de nombreux investissements. Mais il va surtout cristalliser les nombreux problèmes qui couvaient, en instaurant un despotisme qui, faisant fi des processus démocratiques, va peu à peu détruire la cohésion fragile de la petite ville.

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« Tu skies pas???? »- non, je lis

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crédit photo @monmariquiskie

Tous les ans, c’est la même rengaine: « Tu vas à la montagne et tu ne skies pas??? »

Je l’avoue, je n’en menais pas large, les premières années. Je rasais un peu les murs et me justifiais toujours.

Mais je l’ai compris très vite, le ski n’était absolument pas (plus?) compatible avec mon caractère.

Je suis montée trop tard sur des skis – à l’heure, souvent, où d’autres s’arrêtent, après la mauvaise chute qui te coûte tes ligaments croisés. J’étais tétanisée, la neige verglacée, la descente, les autres martiens du cours collectif adultes de l’ESF, le prof vieillissant digne d’une caricature des bronzés font du ski. Bref, j’ai tout détesté. Tout de suite.

Et pourtant, quand je vois mes enfants skier avec autant de naturel, il m’arrive de les envier. Il m’arrive de m’en vouloir aussi, de ne pas pouvoir les accompagner sur les pistes.

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