Sous le soleil de mes cheveux blonds

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Qui a cru que les chagrins d’amour étaient les plus violents?

Les chagrins d’amitié, eux aussi, peuvent être d’une profondeur abyssale, nous faire pleurer, chuter, douter, et un jour, comme beaucoup d’autres chagrins, finalement s’endormir. Pour se réveiller un jour, à la faveur d’un soubresaut, d’un rêve impromptu, d’une de ces connexions extrasensorielles qu’offrent la grossesse.

La rencontre entre Brigitte, blonde sensuelle surnommée ainsi pour son allure à la BB, et Brune, pétillante et brillante lycéenne, se fait sous les auspices de toutes les plus complices promesses qu’offre la folie aux filles qui ont la foi insolente de leur jeunesse et de leur beauté.

Elles se promettent de tout vivre dans l’ivresse de ces années de toute puissance de la jeunesse indomptable, avec l’énergie, les bulles du champagne, la danse des folles soirées et l’amour pour carburant. Brune tombe amoureuse de Valéry, tandis que Brigitte elle, s’endort sur des amours impossibles – les lycéennes  s’éveillent à la féminité, la sensualité, tandis qu’elles abordent la fac de médecine, à corps perdu. 

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Les amants parallèles

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Une amitié, des lettres d’amour à profusion, une histoire charnelle et passionnée.

Margot est encore une jeune étudiante en art lorsqu’elle rencontre sa voisine Mathilde, une photographe élégante et féline. Malgré les dizaines d’années qui les séparent, une réelle amitié lie les deux femmes. 

Dans les cartons de photos que Mathilde a archivées tout au long de sa carrière, Margot cherche l’inspiration pour donner sens et matière à sa fibre artistique, étouffée dans le quotidien de son travail de coloriste.

Mais un jour, Margot découvre un carton empli de centaines de lettres d’amour numérotées.

Au soir de sa vie, Mathilde confie à son amie le carton, témoignage de son intense et fusionnelle relation avec Paul.

Dans un récit qui se découpe entre le présent, la correspondance amoureuse, et l’histoire de Mathilde, c’est une sorte de jeu de piste qui commence, semant ça et là les graines d’une histoire incommensurable, extraordinaire tout autant que les mauvaises herbes, invisibles pourtant à l’oeil nu.

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L’Etincelle

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Il y a des étés qui changent tout, qui balayent d’un coup tout ce que vous avez pu être, font disparaître les vestiges de l’enfance et augurent de l’adulte en devenir.

Coralie a 18 ans, et l’été 1993 a fait basculer sa vie.

Ving-cinq ans plus tard, à la faveur d’un faire-part de mariage inattendu, tandis qu’elle s’interroge face au trouble qu’éveille en elle l’invitation – ira-t-elle, n’ira-t-elle pas? – elle replonge dans les souvenirs de cet été initiatique.

1993, flashback – Coralie s’ennuie dans le modeste pavillon de banlieue que son père a déserté, la laissant avec sa mère aigrie par son amertume et son petit frère. L’invitation de Soline, son amie de fac, à la rejoindre dans la maison familiale en Dordogne est une échappatoire inespérée.

Dans un écrin de campagne, avec une rivière en contrebas, s’étend le magnifique domaine des Weyers. Une maison familiale, sorte de vieux castelet aux pierres blondes, débordante de convives.

Impressionnée par ces invités issus d’un milieu social, culturel et intellectuel qui n’est pas le sien, Coralie va louvoyer et trouver sa place comme chacun, adultes et enfants, vaquant en journée à ses occupations ou languissant, pour mieux se retrouver le soir à l’heure du rosé, dès 19 heures tapantes.

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La vraie vie

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Envie de rugir.

Rugir du plaisir donné par cette lecture, mais aussi rugir sans rougir de ma honte d’avoir banni ce livre de mes envies de lectures parce qu’à trop le voir apparaître sur les réseaux, j’avais senti un piège.

Mais il n’y a pas de piège pour le lecteur, si ce n’est celui d’être incapable de lâcher ce livre une fois commencé. 

S’il y a un piège, en réalité, il est dans l’histoire.

Dans ce lotissement pavillonnaire qui ressemble à un décor en carton pâte du film The Truman Show, où la vie s’étire étrangement. 

Ils ont le plus beau pavillon du « Démo », le plus grand, avec quatre chambre. Celle des parents, celle de la jeune narratrice, celle du petit frère – et « celle des cadavres », emplie des trophées empaillés abattus par le père. Le prédateur, toujours à l’affût.

Les proies ne sont pas tant celles mortes sous les balles de son fusil que celles qui habitent sous son toit: une épouse et mère insignifiante qui ressemble à un amibe et deux enfants, complices dans le silence qui doit être le leur. 

Quatre ans séparent la grande soeur du petit Gilles, mais ils partagent les mêmes jeux et les mêmes rires. 

Jusqu’au jour terrible où survient l’accident qui va faire perdre à Gilles son sourire et sa joyeuse innocence – peut-être qu’en remontant le temps, sa grande soeur pourrait effacer ce qui s’est passé et retrouver son petit frère d’avant?

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Salina, les trois exils

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Assis dans une barque, au large d’une baie qui mène à l’île cimetière, un fils raconte la vie de sa mère:  c’est là l’unique moyen de lui offrir le repos éternel. 

Le cimetière, entouré d’une muraille, est sacré. Au terme du récit qui sera fait pendant la traversée vers l’île, c’est le cimetière qui décidera s’il ouvrira ses portes pour accueillir la défunte…

Ainsi Malaka commence-t-il le récit de sa mère Salina, qu’il a accompagnée vers la mort une fois qu’elle l’a su assez endurci pour l’emmener vers ce dernier exil.

Et il essaie de se souvenir de sa voix à elle, Salina, sa voix cassée, qui lui a si souvent raconté les histoires de l’origine, qui a si souvent charrié dans ses récits les combats, les guerres, sa voix qui l’enveloppait dans les nuits d’étoiles, lorsqu’ils n’étaient que deux, sa voix qui s’est maintenant retirée du monde, comme une mer lassée du sable

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Le berceau

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Connaissez-vous le Nord du Cotentin, cette langue de terre qui plonge dans la mer et qui ressemble à l’Irlande? C’est là, sur cette terre sauvage, que Joseph vit seul dans sa ferme, depuis que la maladie a vaincu son épouse. 

Mais Joseph, en ce jour, se réjouit des nouvelles promesses de la vie: il peaufine avec fierté le berceau de bois qu’il a fabriqué pour sa petite fille à naître. Jusqu’au moment où le téléphone sonne pour lui annoncer une terrible nouvelle: l’avion dans lequel se trouvaient son fils, le futur papa, avec son compagnon, s’est crashé en mer. Emmanuel et Béranger avaient dans l’élan de cette nouvelle vie tout prévu, tout contractualisé : la mère porteuse soigneusement choisie au Canada alors qu’ils résidaient aux Etats-Unis, la location de l’appartement en attendant l’adoption du bébé, les séances d’haptonomie,… Tout, sauf leur disparition soudaine et tragique.

Joseph ne réfléchit pas: s’il ne peut pas faire le deuil de son fils faute de dépouille, Emmanuel continue à vivre à travers cette petite fille qui bientôt viendra au monde. Alors, muni de ses petites économies, de ses quelques mots d’anglais et de sa débrouillardise, Joseph s’envole pour le Canada pour retrouver coûte que coûte la mère porteuse avec une seule idée en tête: ramener la petite avec lui, faisant fi de toute contrainte. 

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Sans compter la neige

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La neige s’en mêle, ce jour-là, en plus du reste, lorsque Russel Fontenot doit quitter dans la hâte une réunion à Washington pour rejoindre sa compagne Jennie, sur le point d’accoucher. 

Après une scène des plus gênantes si elle n’était pas si drôle dans les toilettes où son téléphone portable tombe dans la cuvette, le voici devenu injoignable et dans l’incapacité de contacter Jennie.

A peine sur la route, la colère le gagne soudain alors qu’il devrait être tout à la joie de la naissance imminente de leur enfant, une colère qui remonte du fond de son corps, de son histoire et qu’il dirige contre celle qu’il aime. Et la neige continue à tomber dans des bulletins météo alarmistes, augurant d’un voyage long et difficile pour arriver jusqu’à Charlottesville.

Au cours des heures de cette odyssée qui s’égrainent, les souvenirs refont surface, et Russel revient sur le parcours de sa vie en même temps qu’il prend conscience qu’il n’est décidément pas prêt à être père. Peut-être peut-il encore échapper à ce bouleversement? Et s’il quittait la route, là, maintenant, pour partir ailleurs?

De flashbacks en souvenirs, Russel nous livre son histoire, celle d’un gamin élevé seul par son père, «le vieux », un cajun, ni américain ni français malgré son nom, Fontenot. Un taiseux, un vieux bourru, sans affection ostensible. 

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L’appel

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JO de Mexico, 1968 – un grand gars dégingandé de 21 ans efface la barre au saut en hauteur à 2,24 mètres. Record mondial et médaille d’or olympique, mais surtout consécration d’un saut dorsal qu’il a inventé : le Fosbury Flop.

L’appel n’est pas une biographie de Dick Fosbury. 

C’est le roman d’un garçon qui s’appelle Richard, un gamin entraperçu sur une photo par l’auteure dans les yeux de celui qui se cachait derrière ses mains pour se concentrer avant de sauter. 

Après l’échauffement, lorsqu’il se met en place devant le sautoir, ses réflexes reviennent tout seuls. Le balancement d’avant en arrière, le franchissement des paliers de concentration, tout se déroule dans l’ordre et il repousse l’émotion qu’il sent poindre en s’emmurant dans le silence. Il respire profondément et visualise sa course d’appel, son impulsion, puis convoque cette énergie étrange qui l’a propulsé par-dessus la barre, le corps à cent quatre-vingts degrés, bras et jambes tendus.

 

Comment nait une vocation, comment elle se déploie: c’est cet appel intime que Fanny Wallendorf s’attache à raconter dans ce beau et sensible premier roman.

A travers l’itinéraire de Richard, depuis les bancs de l’école à Portland, Oregon, jusqu’aux Jeux Olympiques de Mexico, Fanny Wallendorf raconte avec brio le dépassement de soi d’un gamin même pas plus sportif qu’un autre, mais entêté à réussir dans ce sport où les entraîneurs les uns après les autres, renoncent à l’entraîner. 

Avec son drôle de corps, ses bras trop long, Richard découvre le plaisir physique du sport et bientôt une capacité particulière à entrer en soi pour se concentrer. Richard travaille à l’instinct. D’abord, il perfectionne sa course d’appel « jusqu’à ce que son corps acquière une connaissance inconsciente des mouvements à accomplir ». Puis, par accident, après des milliers de tentatives de sauts aux ciseaux puis ventraux, il découvre qu’il peut enfin améliorer son saut en franchissant la barre en dorsal – une technique non répertoriée mais contre laquelle aucun règlement ne peut s’opposer. 

Peu lui importent les railleries, les menaces de disqualification, les humiliations des coach qui veulent le faire renoncer: celui qu’on surnomme l’Hurluberlu va finir par fasciner les journaux et à force de foi en sa technique, parvenir aux sélections des JO, alors que pèse sur lui la menace d’une convocation de l’armée pour partir au Vietnam.

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Le matin est un tigre

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C’est un roman tout en poésie.

Ou plutôt un conte qui, s’il n’était pas empreint de surréalisme, évoquerait un tableau du Douanier Rousseau, une végétation foisonnante dans laquelle se tapit un tigre, rugissant. On  ajouterait au vert des feuilles des touches de fleurs bleues, des camélias, quelques grenades, une poignée de pissenlits et le piquant des chardons.

Dans l’univers d’Alma, le monde est végétal, le paysage est une feuille, l’air a un parfum de fenouil et les lithographies qu’elle accroche au fil courant de sa boîte de bouquiniste, sur les bords de Seine, sont des représentations botaniques délicates.

Lorsque sa fille Billie tombe malade, les poumons envahis par une étrange maladie qui la fait suffoquer et la mange de l’intérieur, Alma a l’intuition qu’un chardon pousse là, au creux des poumons de sa fille. 

Jean, son mari, se moque gentiment d’Alma, le coup de la fleur dans les poumons, c’est un roman de Boris Vian, pas la vraie vie.

Les dix mois de maladie de Billie, cette enfant si sage, si adulte déjà, ont usé Alma. Elle est vidée, mais elle croule sous le poids de deux lourdes valises qu’elle traîne, sa vie lui a échappé – aime-t-elle même encore Jean, qui pourtant ne cesse de lui manifester tant de petites attentions? Elle n’a plus de désir pour lui. Seule la maladie de Billie la remplit.

Ce serait mentir que de dire que la période de maladie de Billie n’est qu’horreur. Alma a la sensation d’être privilégiée parfois: elle est là avec sa fille, dans la nuit, à fumer des roulées sur un tapis de feuilles craquantes de givre. Quel parent a cette chance?

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Les petits garçons

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Qu’il est doux, le refuge de l’enfance, celui où l’on est né heureux et où les parents restent éternellement « papa et maman ».

Qu’il est doux de ne pas perdre de vue l’enfant qu’on a été. 

D’ailleurs, a-t-on jamais vraiment grandi, malgré l’adversité et l’âpreté du monde, devenu imprévisible, auquel on appartient?

C’est sur ces chemins de l’enfance qui mènent à l’âge adulte que nous promène le narrateur. 

Un narrateur qui n’a pas de nom, qui reste juste le petit garçon, le doux, le rêveur, le timide, le maladroit. 

Celui qui pose un regard sans complaisance sur sa personne, mais toujours admiratif sur l’autre petit garçon de l’histoire, Grégoire, l’ami d’enfance, l’ami prodigieux jamais médiocre. Là où le narrateur se fera dilettante en optant pour les choix que l’on fait à sa place – une fac d’histoire pour y suivre sa petite amie du moment, une école de journalisme suggérée par sa mère, Grégoire  se fixera très tôt des objectifs de réussite que son intelligence brillante lui permettra d’atteindre avec succès. 

Dans la tradition du roman d’apprentissage, les petits bouts de vie du narrateur, en un écho nostalgique à nos propres petits bouts de vie, se succèdent dans le chaos plus ou moins maîtrisé de l’adolescence: les premières amours, les premières clopes, les premières boums, les premiers voyages scolaires, les premiers baisers maladroits, les coupes de cheveux grunge  laborieusement copiées sur celle du chanteur du « groupe le plus triste du monde ». Tandis que Grégoire coche toutes les cases de sa to do list, suivant scrupuleusement son objectif de vie pour parvenir au sommet de sa réussite.

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