
La nuit où j’ai tourné la dernière page de Murène, j’ai rêvé que je n’avais plus de bras. J’étais François, le personnage du dernier roman de Valentine Goby. C’était un ressenti étrange: chargée inconsciemment de toute l’expérience de François, qui apprend à vivre autrement, j’étais résignée. Mais confiante. Les personnages des romans que j’ai lus se sont rarement invités dans mes rêves. Preuve que ce roman m’a particulièrement bouleversée.
Drôle de façon de commencer une chronique, penserez-vous. Drôle de façon de vous dire que j’ai intensément aimé lire ce roman et que j’ai envie que vous aussi vous plongiez dedans – quitte à ce que vous en rêviez aussi!
Valentine Goby a une prédilection pour écrire sur le passé, la guerre, l’après-guerre, et ce n’est pas une surprise qu’elle situe le démarrage de Murène en hiver 1956, l’hiver où un froid sibérien a paralysé la France, fait souffrir une nation du froid, de la faim. François Sandre est jeune, sportif, amoureux, plein d’élan – un élan brisé net par un accident. Electrocuté par un arc électrique de 25.000 volts, le torse et le dos brûlé, les bras carbonisés, une partie de ses souvenirs envolés, agonisant dans la neige, il est secouru, puis sauvé par un chirurgien – au prix de ses deux bras, épaules comprises.
« Survivre n’est pas toujours une chance », pensera ce médecin pourtant pétri d’humanité
Survivre ne sera pas le plus grand des défis, vivre sera bien plus difficile encore, avec ce corps qui trahit son envie de continuer à fonctionner quand pour François la vie n’a plus de sens. Mutilé. Dépendant. Invalidité Catégorie 3 majorée d’une tierce personne.










