Ta vie ou la mienne

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Ta vie ou la mienne… comment deviner en démarrant cette lecture l’ampleur du drame qui se cache derrière ce titre?

Hamed a treize ans lorsqu’il débarque de Sevran à Saint-Cloud – jeune, mais déjà bien amoché par la vie, désormais orphelin, son oncle et sa tante l’accueillent dans la douceur d’un cocon qu’il n’a jamais connue jusqu’à présent. Dans sa cité des Beaudottes, Hamed a appris à jouer au football. Avec sa stature, sa présence, sa façon aérienne de jouer au ballon, il se fait vite remarquer au club de Saint-Cloud. Il y rencontre François, un garçon de son âge. François est le souffre douleur de l’équipe, et encaisse les coups. Le jour où Hamed le défend, la vie change pour les deux garçons – François a maintenant un ami, et Hamed se voit offrir le soutien de Pierre, le père de François, un ancien joueur professionnel. Alors qu’il sont au lycée, les deux garçons rencontrent Léa, jeune fille de bonne famille, étrange et réservée, et en tombent amoureux. Léa, comme la plupart des filles du lycée, s’éprend du charismatique Hamed. Mais Hamed a des valeurs, un code d’honneur, et lorsque François se fait éconduire par Léa, il lui ferme également son coeur.

Il va donc à son tour rejeter la jeune fille, prétextant leurs différences sociales et culturelles insurmontables – mais peut-on vraiment lutter contre un amour de cette force?

Alors que la possibilité d’un avenir prometteur semble enfin s’offrir à lui à travers le football et avec l’amour de Léa auquel il a enfin accepté de s’ouvrir, le destin d’Hamed bascule une nuit, et le jeune homme est condamné à quatre ans de prison. Coupant les ponts avec tous, il est irrémédiablement emporté dans la spirale infernale de la délinquance, dans un univers carcéral corrompu, où la violence quotidienne qui règne vient à bout des meilleures âmes.

Peut-on survivre à la prison ?

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L’heure du bilan: mars

Que de retard! Nous sommes le 29 avril, donc pas encore trop tard pour vous livrer  mon bilan de mars…

Les chiffres:

Six romans pour ce mois des giboulées, et des lectures au diapason. Quelques belles découvertes, mais mars ne sera pas le mois de tous les coups de coeur. Un mois français (ou francophone) avec cinq roman en direct de l’hexagone et un américain (mais quel américain!)

Les livres:

Un choc:

Difficile de se remettre de cette rencontre avec Turtle, dans ce roman qui dérange, qui remue, qui donne la nausée. Mais voilà, My absolute darling est indéniablement un grand roman – même si je conseille aux âmes sensibles de s’abstenir

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Deux coups de poing:

Les indifférents, Les échoués, deux titres brefs, implacables, pour deux grandes histoires qui m’ont emportée comme deux déferlantes.

Une (fausse) polémique:

Un roman pas consensuel mais avec une dose de sensibilité et de séduction et de trouble

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Une farce:

A mi chemin entre L’écume des jours et En attendant Bojangles, Les déraisons d’Odile d’Oultremont, qui a entretemps reçu le Prix de la Closerie des Lilas

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Un roman Harlequin (ou tout comme)

J’admets, je suis un peu sévère peut-être, car s’il n’avait pas ses petits défauts (le style, l’écriture, et son sentimentalisme un peu cucul) Pays provisoire est très bien documenté, et même intéressant une fois qu’on a réussi à aller au-delà des défauts évoqués précédemment

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On se retrouve très vite maintenant pour le bilan d’Avril!

Le Lambeau

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Le 7 janvier 2015 vers 10H30, il n’y avait pas grand monde en France pour être Charlie. L’époque avait changé et nous n’y pouvions rien. Le journal n’avait plus d’importance que pour quelques fidèles, pour les islamistes et pour toutes sortes d’ennemis plus ou moins civilisés, allant des gamins de banlieue qui ne lisaient pas aux amis perpétuels des damnés de la terre, qui le qualifiaient volontiers de raciste

Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon enfourche son vélo. Libé? Charlie? Il décide finalement de passer à Charlie. Je ne m’attarderai pas sur l’attentat, dont le journaliste reconstruit tant que possible, dans des lignes à la lecture éprouvante, le déroulement et la prise de conscience de la scène effroyable au milieu de laquelle il reprend conscience. Mais pensons plutôt à l’après:

comment passe-t-on de survivant à vivant?

Toute la question est là, l’essentiel est dans ces mots.

Philippe Lançon a choisi d’écrire, raconter, retracer l’avant, le pendant, l’après.

J’écris pour me souvenir de cela aussi, de tout ce que j’ai failli oublier, de tout ce que j’ai perdu, en sachant que je l’ai tout de même oublié ou perdu.

Mais comment raconter, du point de vue du lecteur, ce livre au souffle incroyable?

Non, ce livre ne se raconte pas, il se lit.

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Boom

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Après avoir publié récemment le roman Les Indifférents (pour retrouver la chronique c’est ici), Julien Dufresne-Lamy revient pour notre plus grand plaisir, et celui de nos ados avec un nouveau roman- car l’auteur fait ses premiers pas dans la littérature jeunesse avec Boom.

L’occasion de faire une lecture en famille, de discuter, non seulement de la gravité du sujet abordé, mais aussi de littérature.

Dans ce roman, l’auteur donne la parole à Etienne, qui a perdu son meilleur ami Timothée dans l’attentat du pont de Westminster à Londres.

Timothée, Etienne – Etienne, Timothée: deux lycéens, trois ans d’amitié à la vie à la mort, racontés dans un souffle.

Ou comment une amitié débute au rythme du cours de danse africaine de leurs deux mères, et s’épanouit jusqu’à les rendre inséparables.

L’amitié qui unit les deux garçons est aussi forte, soudaine et intense qu’un premier amour.

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Faire mouche

 

IMG_9836.JPGAprès les pavés qui se succèdent, quelle joie d’ouvrir un livre au texte court, un livre petit format, 126 pages, de la rigolade! Sauf que lorsqu’on le referme, elles pèsent bien lourd, les 126 pages de ce texte qui laisse exsangue.

Laurent revient au village de son enfance, après une longue absence. A Saint-Fourneau, près des montagnes, vivent encore dans le hameau sa mère, son oncle Roland et sa cousine Lucile. C’est d’ailleurs pour le mariage de cette dernière qu’il a fait ce déplacement qui lui coûte, accompagné de sa compagne enceinte, Constance – qu’il appelle Claire lorsqu’ils sont seuls. Dans une atmosphère qui très vite apparaît opprimante, renforcée par la chaleur écrasante de l’été, le narrateur nous fait parvenir un malaise diffus, en suspens, une histoire familiale compliquée qu’il a fuie, comme il a l’air de fuir le reste.

J’avais été, jusque là, un homme sans histoire. Peut-être parce que j’étais né dans un village isolé, au milieu de rien. Car c’était ça, Saint-Fourneau, un trou perdu. Y revenir m’a toujours paru compliqué. Il faut dire que ma mère, elle, y vivait encore

Une mère, qui, lorsqu’il était enfant, lui a fait boire (intentionnellement ou non, qui sait) de l’eau de Javel. Une mère, qui, à la mort suspecte de son mari, est allée vivre auprès de Roland, le frère de son défunt mari, veuf également. Une mère dont les premiers mots adressés au fils après sa longue absence contiennent toute la distance entre eux: « Tiens, un revenant, dit-elle »

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Madame de X

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J’attendais, sans savoir précisément quoi. J’attendais parce que je n’avais pas d’idées, parce que je n’avais pas la force nécessaire au changement. Je me réfugiais à l’ombre de la fatalité mais rêvais d’un destin

Je mets au défi quiconque de ne jamais avoir éprouvé ce que l’écrivain traduit avec ses mots, de façon à la fois si percutante, si simple et si juste.

Il est des livres lumineux, et qui peut-être, un jour, peuvent guider.

C’est en tous les cas ce que je crois de ce beau  roman de David von Grafenberg…

Anne a la jolie et douloureuse quarantaine – celle où elle devrait s’épanouir, aimer, et profiter de la vie. Mais après un divorce difficile, incomprise de son entourage, Anne survit dans l’isolement d’ un quotidien déprimant avec ses deux enfants, un petit boulot inintéressant et une maigre pension alimentaire. Et avec le constat amer, fermement ancré, que les choix qu’elle a faits ne tiennent pas tant du sacrifice que de la lâcheté. Avec son couple, Anne a tout perdu: sa famille, sa vie sociale, l’estime des autres, et surtout cette estime de soi qui met tous les obstacles sur son chemin pour se ré-approprier une vie de plénitude.

Mais parfois, quand on n’y croit plus vraiment, la vie vous fait des cadeaux, et Anne quitte bientôt la France pour L., une petite ville de Toscane, pour seconder le propriétaire d’une petite librairie française.

Accueillie à bras ouverts par tous, Anne ne tarde pas à se lier d’amitié avec Ale, une jeune fille italienne, étudiante et artiste, qui va se rendre rapidement indispensable, aussi bien en tant que « baby sitter » pour les enfants qui ont suivi, qu’en tant que confidente pour Anne.

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La quatrième dimension

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Si l’on m’avait demandé ce que m’évoque le Chili, j’aurais répondu: Amérique du Sud, Allende, Pinochet. Rien d’autre – je l’avoue, j’ai une connaissance quasi nulle de cette partie du monde.

Présenté lors de la rentrée littéraire de janvier chez Stock, ce titre a pourtant fait immédiatement tilt lorsque son éditrice et sa traductrice, l’écrivaine Anne Plantagenet, en ont parlé avec une passion convaincante.

Le titre rappelle la série télévisée éponyme: souvenez-vous des personnages de ces courts épisodes qui basculaient dans une faille spatio-temporelle dont ils ne reviendraient jamais…

En 1984, Nona Fernandez a treize ans lorsque le magazine Cauce publie sous le titre J’ai torturé, le témoignage d’un agent du renseignement des Forces Armées Chiliennes – Andrés Antonio Valenzuela Morales. Pour la jeune adolescente, les aveux glaçants d’enlèvement, de torture, et d’assassinats auxquels il a contribué sont une prise de conscience politique.

Des années plus tard, alors qu’elle travaille au scénario d’une série télévisée dont l’un des personnages est inspiré de cet homme, Nona Fernandez décide d’enquêter et d’écrire ce livre, un exercice littéraire et non journalistique, dans lequel elle va mêler aux faits son histoire personnelle,  son vécu et son imaginaire. S’attachant à découvrir qui était cet homme, ce qui l’a poussé à témoigner, jusqu’à devoir fuir pour protéger son témoignage, Nona Fernandez décortique les rouages d’une dictature criminelle et d’un régime de terreur, qui a fait disparaître des milliers d’opposants au régime de Pinochet – qui ne sera jamais condamné pour ces crimes.

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Les rêveurs

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Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou, parfois joyeux, ludique, toujours bordélique, qui ne tarderait pas à s’assombrir, mais bien un rêve, tant  la vérité et la réalité en était absente

D’Isabelle Carré, nous connaissons la carrière d’actrice, la blondeur presque candide associée à une certaine lumière qui cache une personnalité extrêmement discrète. Avec Les Rêveurs, elle se révèle par le biais de l’écriture.

Dans ce récit fragmenté, éminemment personnel, Isabelle Carré raconte sa famille « accidentelle », fruit d’une rencontre entre sa mère, jeune fille convenable d’une lignée aristocratique enceinte d’une rencontre éphémère, et son père, jeune artiste issu d’un milieu populaire. Entre la famille « fin de race » d’un côté et prolétaire de l’autre, les trois enfants de la famille Carré font souvent le grand écart, d’un côté le château et de l’autre la petite maison d’ouvriers. Mais dans l’appartement parisien rouge comme un cabaret, c’est une famille hors norme qui vit dans un univers décalé, au rythme des fantaisies d’un père designer et d’une mère vidée par sa tristesse. Car la famille « accidentelle » vole en éclat le jour où le père annonce à ses enfants son homosexualité et la vit librement, à une époque où il était de bon ton de taire « ces choses-là ». Dans l’insécurité affective qu’instaure cette situation familiale bancale mais assumée, les failles s’ouvrent et l’actrice porte son regard et ses souvenirs sur cette petite fille du milieu et sa difficulté d’être, ses envies de mourir, ses envies de réussir, une petite fille déjà lumineuse et superbement pugnace.

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L’aile des vierges

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Kent, 1946. Maggie Fuller entre au service des Lyon-Thorpe, dans le manoir ancestral de Shepherd House.

Maggie a 26 ans, et a perdu son mari Will au lendemain de la guerre. Petite fille d’une suffragette, fille d’une sage-femme féministe, Maggie avait d’autres ambitions que finir femme de chambre, mais les aléas de la vie ont stoppé son élan et ses rêves. Cultivée, émancipée, Maggie doit se couler dans le moule de la brigade des domestiques, travailler chaque jour au service de Pippa Lyon-Thorpe, subir ses sautes d’humeur et le soir, regagner au quatrième étage sa petite chambre de bonne dans la bien nommée Aile des vierges, qui abrite les domestiques du manoir. Mais Maggie ne saurait renier longtemps ses origines féministes, et se fait bientôt remarquer au sein du manoir en affirmant ses idées et en revendiquant des droits pour l’équipe des domestiques. Si Pippa Lyon-Thorpe surveille d’un oeil méfiant la jeune femme trop affirmée qui pourrait mettre à mal l’équilibre du manoir, son époux, John Lyon-Thorpe, la considère d’une manière beaucoup plus intéressée.

L’adultère semblait être un péché très relatif dans le cosmos des Lyon-Thorpe et consorts, la jalousie une bassesse terrestre et la notion même de couple impraticable

Brooklyn, 1950. Maggie a rejoint, l’Amérique, comme elle en rêvait et démarré une nouvelle vie dans un dispensaire où elle peut enfin mettre en pratique ses engagements. Mais si elle a laissé l’Angleterre derrière elle, les renoncements l’ont terriblement éprouvée et ont fait d’elle une autre femme. Habillée de sa nouvelle carapace et de son engagement atavique, Maggie va suivre un chemin inespéré vers la réussite… mais à quel prix?

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Les Déraisons

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Le jour où Adrien, missionné par son employeur Aquaplus, débarque chez Louise pour annoncer une coupure d’eau, sa petite vie monotone est emportée dans un joyeux tourbillon où la fantasque jeune femme mène la danse.

Artiste, elle redessine du bout des doigts une vie idéale, joyeuse, poétique et farfelue. Sert une compote en persuadant son invitée que c’est un marbré coco, colore ses dents de jaune, de rouge, de vert ou de bleu lorsqu’elle les brosse le matin, appelle son chien Le-Chat… Mais Louise se fatigue, Louise tousse, de plus en plus, et le jour où on lui diagnostique un cancer des poumons, comme un malheur n’arrive jamais seul, Adrien se fait rétrograder dans un placard au fond d’un couloir sans fin d’Aquaplus.

 

Les protocoles se succèdent, et les tumeurs de Louise, rebaptisées ses Honey Pops, continuent de grossir.

Malgré la peur et les questionnements infinis, Louise puisait force et résistance dans cette drôle d’expression, qui lui rappelait les petits déjeuners de son enfance, à la campagne, chez ses grands-parents. A la réflexion, elle aurait aussi bien pu les appeler Choco Pops, mais les médecins parlaient de tumeur au large diamètre, alors par souci de précision médicale, elle avait préféré Honey Pops.

Oublié de tous dans son no man’s land, Adrien va peu à peu déserter le bureau, pour se consacrer entièrement à guérir son épouse adorée. Faire rire Louise, prolonger la magie de leur folie. Peu importe, car personne ne remarque son absence pendant ces longs moins.

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